Jean-Marc Decrop – expert CNES (Chambre Nationale des Experts Spécialisés) et spécialiste reconnu de l’art contemporain chinois – accueille une nouvelle exposition consacrée à l’œuvre engagée de l’artiste franco-tunisienne Meriem Bouderbala, dans l’ancienne chapelle du Château du Grand Launay.
Artiste franco-tunisienne vivant à Tunis, Meriem Bouderbala développe une œuvre qui mêle patrimoine, mémoire et création contemporaine. Son travail, reconnu sur la scène artistique internationale, lui a notamment valu d’être nommée Officière de l’Ordre des Arts et des Lettres par la France.
L’installation présentée ici, « L’Odyssée des migrants – BOZA et ORDALIE », raconte, à travers sept panneaux, l’histoire d’une femme qui entreprend la traversée vers l’Europe et sombre dans l’abîme. Au fil de ce voyage, elle se métamorphose en sirène, en squelette, en hippocampe, en animal hybride, en chimère…
L’artiste établit un parallèle assumé entre les traversées actuelles des migrants vers Lampedusa et l’histoire de la traite négrière. La disposition des esclaves dans les cales des navires est ainsi mise en regard de l’entassement des migrants dans les embarcations pneumatiques d’aujourd’hui.
Le matériau utilisé comme matrice est constitué de nattes mortuaires traditionnelles tressées par des artisans, utilisées en Afrique pour transporter les défunts vers leur dernière demeure. L’artiste les considère comme des véhicules symboliques, évoquant le passage par bateau ou par canot. Ces nattes sont recouvertes de broderies et de matériaux modestes : morceaux de filets de pêche, déchets recueillis dans la nature, fragments de métal et de plastique découpés au fer à souder…
Marquée par les gravures représentant les navires négriers, où les esclaves étaient alignés comme des insectes, l’artiste reprend cet imaginaire en dessinant les migrants sur des graines d’acacia. Pour elle, la graine symbolise la germination : on ne meurt jamais tout à fait, on renaît toujours. L’acacia est l’arbre de l’éternité.
Entièrement réalisée à la main, cette œuvre s’inspire du patrimoine traditionnel tout en lui offrant un regard profondément contemporain. Elle témoigne d’une véritable alchimie entre l’artiste et les artisans, créant un pont entre savoir-faire ancestral et création contemporaine, une démarche qui trouve un écho particulier dans la Biennale de Venise 2026.
Dans cette œuvre profondément engagée, Meriem Bouderbala instaure un dialogue entre les migrations contemporaines et des déplacements humains beaucoup plus anciens. Elle convoque la mémoire des routes africaines, des exils forcés et des traversées du Sahara et de la Méditerranée.
L’artiste souhaite également redonner une identité et une dignité à celles et ceux qui ont perdu la vie lors des traversées, qu’il s’agisse de la traite négrière ou des migrations contemporaines. Elle rappelle qu’au-delà des chiffres, ces femmes et ces hommes avaient une culture, une intelligence, des savoir-faire, des rêves et un avenir. Son œuvre cherche ainsi à inscrire leur mémoire dans une forme de permanence, en donnant une voix à celles et ceux qui demeurent trop souvent condamnés au silence.
Pour comprendre le titre
Boza : mot employé par des migrants d’Afrique de l’Ouest, notamment en bambara, signifiant à la fois « laisse-moi passer » et « victoire ». C’est le cri de celles et ceux qui parviennent à franchir une frontière ou à atteindre l’Europe.
Ordalie : épreuve ou jugement par le risque ; le terme évoque ici la traversée migratoire comme une mise à l’épreuve du corps, de la volonté et de la vie.
Informations pratiques
Exposition « L’odyssée des migrants – BOZA et ORDALIE » de Meriem Bouderbala – Ancienne Chapelle du Château du Grand Launay dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine –
- samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026
- Horaires : 10h – 12h / 14h – 18h
- Entrée : Gratuite
